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Parcours de création : Yvon Jardel, directeur de l'animation chez Rodeo FX

L'Atelier de Sèvres fête ses 40 ans. 40 années au service de la création contemporaine, dans tous les domaines de l'art et du cinéma d'animation. 40 promotions d'élèves devenus aujourd'hui des artistes reconnus en France et dans le monde entier. Découvrez les portraits de ces anciens élèves qui font aujourd'hui la valeur de notre établissement.

Yvon Jardel, directeur de l'animation chez Rodeo FX, ancien élève de l'Atelier de Sèvres en 2004

Entretien réalisé par nadine Vasseur

Quand on demande à Yvon Jardel pourquoi il a choisi le métier de l’animation, il répond : « parce que, du point de vue du dessin, c’est ce qu’il y a de plus difficile. » Quant au choix de passer le concours des Gobelins, « c’est parce que c’est ici que les gens dessinaient le mieux et que le concours d’entrée était l’un des plus durs. On me disait que je n’y arriverais jamais. C’est sans doute ce qui m’a donné envie d’essayer ». Aux Gobelins, il se perfectionne dans les techniques de l’animation, mais la maîtrise du dessin, c’est à l’Atelier de Sèvres qu’il l’acquiert, comme beaucoup d’autres choses encore. « Mes professeurs de dessin étaient très bons mais c’est aussi à l’Atelier de Sèvres que j’ai été initié à toutes sortes de disciplines qui m’ont été très utiles pour la suite : le graphisme, la typographie, l’architecture. J’y ai aussi acquis une solide base de culture générale dans laquelle je puise depuis sans cesse. Et c’est à l’Atelier de Sèvres que j’ai compris que réussir dans le domaine artistique exigeait un énorme travail ! Tous les étudiants qui m’entouraient travaillaient dur mais ils étaient habités par une sorte de vocation. C’était vraiment une pépinière très stimulante. »

Quand il sort diplômé des Gobelins en 2007, le premier emploi d’animateur d’Yvon Jardel est chez Framestore à Londres. Mais c’est peu après, lorsqu’il rejoint Cartoon Network qui le nomme superviseur artistique pour Le Monde incroyable de Gumball, que sa carrière vraiment décolle. « J’ai beaucoup aimé travailler sur ce film, qui était très riche visuellement, car on était une petite équipe, ce qui permettait à chacun d’avoir un important rôle créatif. J’ai participé à la création des personnages, il y avait des décors à peindre. C’est sans doute le projet le plus plastique sur lequel j’ai travaillé et celui pour lequel j’ai le plus dessiné. Bien que le résultat final soit réalisé sur ordinateur, le dessin est crucial dans mon travail, même s’il se passe des journées entières sans que je dessine. Le dessin nous apporte un regard, c’est ce que je dis tout le temps à mes artistes : pour faire des plans on a besoin de toutes sortes d‘outils, des outils techniques, des connaissances en sciences, en physique et beaucoup en dessin que ce soit dans la composition, la ligne d’action, les poses. » Mais, et c’est ici que la culture générale et toutes sortes de savoirs sont indispensables, l’animation requiert de très nombreuses compétences, surtout dans le domaine des effets spéciaux sur lesquels travaille Yvon Jardel depuis qu’il est devenu superviseur artistique et technique chez Rodeo FX à Montréal. « Pour créer un robot, il faut avoir des connaissances d’ingénieur afin de savoir comment il se déplace, des connaissances de designer pour la conception graphique, par exemple créer un langage visuel si le robot est habillé de logos qui désignent la compagnie à laquelle il appartient. Il faut aussi savoir jouer des textures, des couleurs, s’y connaître en peinture pour savoir comment la lumière bouge sur un personnage. Si c’est un animal, il faut connaître l’anatomie, si c’est un humain il faut avoir, pour l’habiller, des notions de stylisme, de création textile. Il n’est pas besoin d’avoir des connaissances très pointues car notre robot n’est pas fait pour réellement fonctionner, il doit en donner l’illusion. Or tous ces savoirs, on les apprend notamment dans une prépa comme l’Atelier de Sèvres. »

Yvon Jardel a travaillé aux effets de nombreux blockbusters, dont X-Men, Seul sur Mars, It, Valerian , Jumanji, Fantastic Beasts, Stranger things … Des films fantastiques ou des films d’horreur pour la plupart, mais pas uniquement : « Les effets spéciaux sont faits pour créer des choses qui n’existent pas ou qui ne peuvent pas être filmées, et cela peut se produire dans des films très réalistes. Par exemple dans un film de Xavier Dolan, il y a une scène ou des milliers de lettres qu’il a écrites à sa mère s’envolent. On n’allait pas balancer des dizaines de milliers de lettres dans la rue, alors on les a créées en 3D. »

Aujourd’hui, Yvon Jardel supervise une cinquantaine de personnes au sein de Rodeo FX « Je les recrute, je les forme, je les encadre, et en même temps je supervise le film, c’est passionnant car je suis en relation constante avec les réalisateurs, je vais sur les tournages, on se met d’accord sur la manière dont les créatures vont bouger et ensuite mon équipe leur envoie les images. En particulier sur Stranger things, j’ai été impliqué dès la phase de création et j’ai supervisé toutes les créatures. C’était un travail colossal mais captivant ». Maintenant qu’il est parvenu à ce poste de direction, Yvon Jardel n’a-t-il pas envie de passer à l’échelon supérieur et devenir lui-même réalisateur ? « Je crois que j’ai encore beaucoup à apprendre. En allant sur les tournages, j’acquiers de l’expérience mais il me reste encore des étapes à franchir. Je crois que je vais continuer comme ça encore un petit moment. On verra plus tard ! »

 

L'auteur
Nadine Vasseur est journaliste et écrivain. Productrice du magazine Panorama sur France Culture pendant quinze ans, elle est, par ailleurs l'auteur de nombreux livres d'entretiens et de livre d'art parmi lesquels " Les Plis" et "Les Incertitudes du corps" parus aux éditions du Seuil. Elle a publié en 2019 "Simone Veil. Vie publique. Archives privées" aux éditions Tohu Bohu.