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Réunion d'information 

Prépas art & animation

Mercredi 21 octobre à 17h

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Parcours de création : Fabien Mérelle, artiste

L'Atelier de Sèvres fête ses 40 ans. 40 années au service de la création contemporaine, dans tous les domaines de l'art et du cinéma d'animation. 40 promotions d'élèves devenus aujourd'hui des artistes reconnus en France et dans le monde entier. Découvrez les portraits de ces anciens élèves qui font aujourd'hui la valeur de notre établissement.

Fabien Mérelle, artiste, ancien élève de l'Atelier de Sèvres

Entretien réalisé par Nadine Vasseur

Artiste, Fabien Mérelle l’est depuis l’enfance. Il a toujours dessiné. Mais issu d’une famille éloignée du monde de l’art, il n’a aucune représentation de ce que peut signifier mener une carrière d’artiste. Après le bac, il s’inscrit d’abord dans une école d’économie pour comprendre assez vite que là n’est pas sa voie. « J’ai alors visité plusieurs écoles d’art mais il n’y a qu’à l’Atelier de Sèvres que j’ai senti qu’un profil comme le mien pouvait trouver sa place. Je ne venais pas ici pour découvrir le dessin, j’ai un rapport viscéral au dessin qui est depuis toujours mon mode de communication, bien plus encore que la parole. Je ne voulais pas qu’on me montre comment faire, je voulais préparer les Beaux-Arts. Mais ce que m’a apporté cette école, c’est bien davantage. C’est ici que j’ai compris, tout d’abord, qu’être artiste pouvait être une activité reconnue. Des artistes confirmés, comme Gérard Fromager par exemple, venaient nous parler de leur pratique. Pour quelqu’un qui comme moi découvrait le monde de l’art, c’était extrêmement instructif. Mais surtout, j’ai trouvé ici un enseignement qui n’enferme  pas les élèves dans un cadre préformaté.  Je me souviens, par exemple, d’un professeur qui, voyant ma difficulté à faire un dessin de nu en grand format – j’ai toujours fait des dessins de petite dimension – m’a dit « bon, on va déchirer la feuille en quatre ! » ; d’un autre qui, devant mon air catastrophé face à un dessin d’observation que je trouvais mauvais m’a lancé : « Il ne te plaît pas ton dessin ? Eh bien déchire le ! »  Cette désacralisation d’un travail a été pour moi très libérateur. Cela peut faire un bien fou de déchirer ce que l’on fait ! »

Aux Beaux-Arts, Fabien Mérelle  rejoint l’Atelier de Jean-Michel Alberola. Les expositions, à sa sortie de l’école en se font pas attendre. A peine a-t-il obtenu son diplôme qu’il fait sa première exposition personnelle à la galerie Association Premier Regard dont la vocation est de lancer de jeunes  artistes. « Cette exposition a dû me faire gagner dix ans ! Tout de suite des collectionneurs ont acheté mes dessins, j’ai rapidement rejoint la galerie de Michel Soskine que j’avais rencontré à la Casa  Velasquez, puis également la galerie Bärtschi. Entre 2007 et 2009, j’ai eu trois expositions personnelles en galerie, rétrospectivement, ça me semble fou ! » Depuis, Fabien Mérelle travaille aussi avec plusieurs galeries dans le monde, à Hong Kong, Anvers, Pékin, Los Angeles…

Les dessins de Fabien Mérelle sont presque exclusivement en noir et blanc. Il les a d’abord réalisés au crayon à papier ou au feutre avant de découvrir, alors qu’il est encore étudiant, les ressources infinies de l’encre, à l’occasion d’un séjour qu’il fait en Chine dans le cadre d’un échange avec l’école des Beaux-Arts de X’ian. « C’est là que j’ai compris toute la richesse de l’encre qu’on utilise la plume ou le pinceau, comme pour faire le contour  des montagnes dans la peinture traditionnelle chinoise. Avec l’encre, on peut jouer sur l’épaisseur, faire des pleins et des déliés. J’ai aussi découvert que les Chinois n’avaient pas peur du blanc. Dans leurs dessins, leurs estampes, il est tout à fait naturel de laisser une grande place au blanc tandis que dans l’art occidental, on a davantage peur du vide.  J’ai toujours accordé moi aussi une grande place au blanc, l’usage qu’ils en font en Chine m’a aidé à me sentir moins étrange. »

Les dessins de Fabien Mérelle sont la chronique d’un homme lambda en l’occurrence l’artiste en personne, reconnaissable à sa tenue  pantalon rayé et T-Shirt blanc, comme une silhouette à la Charlot, à la fois clown et personnage tragique. Il y représente aussi souvent sa femme, ses enfants. « Mes dessins parlent de l’amour, de la mort, de la peur et de la joie, bref du matériau même de l’existence, de rêves et de cauchemars. Le dessin de l’homme attaqué par une nuée d’oiseaux, s’est imposé à moi au moment de l’attentat contre Charlie Hebdo. Mais d’autres dessins comme celui où je vole sur un écureuil sont plutôt joyeux. » 

Tantôt réalistes, tantôt fantastiques, tantôt les deux, toujours habités d’une saisissante puissance émotive, les dessins de Fabien Mérelle procèdent d’une précision extrême  dans le trait et d’une grande attention au détail.  « C’est d’un détail que me vient l’envie du dessin : une oreille, le détail du poil d’un animal… Je ne pars jamais d’une image dans son entier. Mon périmètre de travail est celui d’une grosse pièce de monnaie par jour et c’est peu à peu que je colonise la feuille. Mes dessins me prennent beaucoup de temps ! Je me souviens d’un cours aux Beaux-Arts où on devait, chaque jeudi, dessiner le même tableau. Pendant des semaines, moi je n’ai dessiné que le même détail du même tableau. »   

 

L'auteur
Nadine Vasseur est journaliste et écrivain. Productrice du magazine Panorama sur France Culture pendant quinze ans, elle est, par ailleurs l'auteur de nombreux livres d'entretiens et de livre d'art parmi lesquels " Les Plis" et "Les Incertitudes du corps" parus aux éditions du Seuil. Elle a publié en 2019 "Simone Veil. Vie publique. Archives privées" aux éditions Tohu Bohu.