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Parcours de création : Noëlle Triaureau, Production Designer chez Skydance Animation

L'Atelier de Sèvres fête ses 40 ans. 40 années au service de la création contemporaine, dans tous les domaines de l'art et du cinéma d'animation. 40 promotions d'élèves devenus aujourd'hui des artistes reconnus en France et dans le monde entier. Découvrez les portraits de ces anciens élèves qui font aujourd'hui la valeur de notre établissement.

Noëlle Triaureau, Production Designer chez Skydance Animation, ancienne élève de l'Atelier de Sèvres

Entretien réalisé par Nadine Vasseur

Depuis son enfance, Noëlle Triaureau aime dessiner, colorier, créer des mondes imaginaires. Mais après son baccalauréat, ce sont des études de commerce qu’elle entreprend. « Dans ma famille, personne n’était artiste et je n’avais aucun exemple de ce que pouvait être une carrière d’artiste. J’ai choisi la branche du commerce car il me semblait que c’était celle qui laissait le plus de portes ouvertes vers des domaines d’activité très divers. »

Après quatre ans d’études à Reims puis à Londres dans de grandes écoles de commerce d’où elle sort diplômée, elle vit une expérience qui la conduira quelque temps plus tard à complètement changer de vie. « Après mon diplôme, j’ai travaillé pendant six mois dans un centre pour des enfants atteints de maladies graves. Et ces enfants, comme tous les enfants, me posaient toutes sortes de questions : «  Et toi, qu’est-ce que tu veux faire plus tard ? » Je leur répondais que je ferai sans doute une carrière dans le commerce puisque c’est cela que j’avais étudié. « Oui, mais c’est quoi qui te branche vraiment ? ». On peut se raconter des mensonges à soi-même mais il y a des gens à qui on ne peut pas mentir, en particulier à des enfants qui ont peu de chances de vivre une vie aussi longue et riche que moi. Donc, je leur répondais : « Ce que j’adore faire c’est dessiner des histoires, créer des mondes imaginaires ». Et bien sûr la question suivante ne tardait pas à venir : « Et pourquoi tu ne le fais pas ? » Ce sont ces enfants qui m’ont fait comprendre que j’étais en train de passer à côté de ce que j’aimais. »

Noëlle Triaureau travaille malgré tout quelques années dans le commerce, mais le cœur n’y est pas. Elle prend alors la décision de bifurquer radicalement et s’inscrit à L’Atelier de Sèvres. « De toutes les écoles que j’ai prospectées, c’est celle qui offrait le plus de possibilités, en termes de pluridisciplinarité, d’ouverture vers les savoirs les plus divers. C’est très important  car quand on fait des études d’art, on ne sait pas forcément tout de suite vers quelle carrière on veut s’orienter. En plus des cours qui nous permettaient d’acquérir des bases très solides en dessin, en peinture ou autres, il y avait dans cette école, un esprit de recherche et de curiosité qui poussait vraiment les étudiants à se découvrir, à grandir, à explorer. » Avant de reprendre des études à l’Atelier de Sèvres, Noëlle Triaureau avait vécu trois ans aux Etats Unis où elle avait eu l’occasion de rencontrer des personnes travaillant dans le domaine de l’animation. « Grâce à elles, j’ai visité les studios de Disney, de Dreamworks, et j’ai alors constaté que ce métier offrait pas mal de débouchés passionnants. » C’est donc vers ce métier que rapidement elle s’oriente en passant le concours des Arts décoratifs qu’elle réussit.

Son premier emploi est chez Sony, en Californie, où elle travaille notamment sur Les rois de la glisse, une histoire de pingouins surfeurs, ou encore Cloudy with a Chance of Meatballs (Tempête de boulettes géantes). Son travail, à cette époque, consiste surtout à mettre en couleurs des décors dessinés par d’autres artistes. « Quand les gens pensent à l’animation, ils imaginent presque exclusivement les centaines de dessins qu’il faut réaliser pour faire bouger un personnage, mais il y a beaucoup d’autres métiers, comme le storyboarding qui consiste à développer la séquence narrative à partir du script ou du scénario vers son interprétation visuelle. Et, ce qui m’intéresse personnellement plus que tout, c'est la recherche stylistique et le développement visuel à savoir l’invention de l’environnement et des décors dans lesquels se passent les histoires. » C’est en devenant directrice artistique sur le film Hôtel Transylvanie que Noëlle Triaureau en vient à exercer pleinement cette fonction qui la passionne. « C’est vraiment sur ce film que, pour la première fois, j’ai pu créer de toutes pièces certains lieux de l’histoire, comme par exemple le cimetière. Je me suis aussi occupée des « clefs de couleur » qui déterminent comment traduire certains plans en couleur, et puis plus en amont, j’ai travaillé sur la texture qui permet de donner une vraisemblance visuelle aux personnages. » Promue Production designer sur le film Les Schtroumpfs et le village perdu, elle travaille en relation avec le réalisateur pour définir tous les aspects de l’univers visuel du film et chapeaute les équipes d’artistes en charge de leur mise en oeuvre. Une gageure quand il s’agit de créer de nouveaux personnages et de nouveaux environnements sans trahir le style de Peyo, icône internationale de l’illustration !

Après plusieurs années chez Sony, Noëlle Triaureau a rejoint récemment Skydance, autre célèbre compagnie à qui l’on doit de nombreux blockbusters tels Mission impossible, Terminator ou Jack Ryan, et qui a créé depuis peu une section animation. « J’ai rejoint l’équipe en tant que production designer mais en plus de travailler sur l’univers visuel du film comme je l’ai fait jusqu’à présent, je suis aussi amenée à participer à la conception de l’histoire. C’est l’avantage de participer aux débuts d’une aventure, cela laisse beaucoup d’opportunités, de liberté et c’est fascinant. »       

              

L'auteur
Nadine Vasseur est journaliste et écrivain. Productrice du magazine Panorama sur France Culture pendant quinze ans, elle est, par ailleurs l'auteur de nombreux livres d'entretiens et de livre d'art parmi lesquels " Les Plis" et "Les Incertitudes du corps" parus aux éditions du Seuil. Elle a publié en 2019 "Simone Veil. Vie publique. Archives privées" aux éditions Tohu Bohu.