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Parcours de création : Olivier Pouchelon, auteur-réalisateur

L'Atelier de Sèvres fête ses 40 ans. 40 années au service de la création contemporaine, dans tous les domaines de l'art et du cinéma d'animation. 40 promotions d'élèves devenus aujourd'hui des artistes reconnus en France et dans le monde entier. Découvrez les portraits de ces anciens élèves qui font aujourd'hui la valeur de notre établissement.

Olivier Pouchelon, auteur-réalisateur, élève de l'Atelier de Sèvres en 2007.

Entretien réalisé par Nadine Vasseur

Au sortir du baccalauréat, Olivier Pouchelon passe un an dans une école de Multimedia qui forme aux métiers de la production. Il y découvre les divers métiers de l’animation et comprends alors que c’est dans la création artistique et non la gestion des plannings et des budgets que réside sa vocation. Il s’inscrit ensuite à l’Atelier de Sèvres pour se perfectionner en dessin et préparer le concours des Gobelins. « A l’époque nous étions assez peu nombreux en animation et la formation était moins poussée qu’aujourd’hui mais j’ai gardé un très bon souvenir de l’année que j’y ai passé. Surtout, de l’atmosphère qui y régnait ; la plupart des étudiants étaient très doués et c’était très stimulant. C’est ce climat d’émulation qui fait toute la force d’une école, selon moi. »

A l’Atelier de Sèvres, Olivier Pouchelon se forme à la perspective, au dessin de nu, aux techniques de l’animation, mais il échoue par deux fois au concours des Gobelins. Cela ne l’empêche pas d’intégrer très vite l’une des plus importantes sociétés de production françaises en animation, Xilam. « Tout en préparant pour la 2ème fois les Gobelins, j’ai passé un test chez Xilam. Il s’agissait de faire du décor sur la série Mr Bébé, j’ai été pris et peu après on m’a aussi confié des personnages. » Dix ans plus tard, Olivier Pouchelon est toujours chez Xilam où il a travaillé sur de nombreuses productions et réalisé récemment sa propre série. « Dès Mr Bébé, le travail a été très intéressant car la série reprenait les codes visuels des années 1950, ceux du célèbre studio d’animation United Productions of America, mieux connu sous l’abréviation UPA. Ce studio a été créé par des anciens de Disney qui en avaient assez de faire du Disney et qui s’intéressaient beaucoup à l’art du 20ème siècle, au cubisme, à Picasso Leurs films ont vraiment bousculé les codes de l’animation, ils sont très graphiques, utilisent des couleurs inhabituelles, et sont en fait assez peu animés. Leur style a influencé beaucoup de séries depuis la deuxième moitié du 20ème siècle. »

Olivier Pouchelon est aussi un fan des fanzines, ces publications dessinées influencées par la culture punk. Ses références sont en grande partie celles de la culture underground qui vient des États-Unis mais qu’on retrouve aussi chez nombre de dessinateurs français. « Je pense bien sûr à Pierre La Police et à son esthétique de la « malfaçon ». C’est un dessinateur génial qui fait entre guillemets du « moche » tout en ayant une grande qualité plastique. Et en plus c’est hilarant ! Ce style underground est très présent dans l’animation pour adultes qu’on pense à Rick et Morty, Southpark ou aux Simpson. Aujourd’hui Les Simpson nous paraissent conventionnels mais ils sont en fait très underground. Leur code couleur est marron, violet, les personnages sont jaunes, tout est un peu mal foutu. C’est assez radical en fait ! »

Jusqu’à présent Olivier Pouchelon n’a travaillé que sur des séries pour enfants où la liberté créative est moins importante, le style plus codifié. Après Mr Bébé, il a collaboré à Hubert et Takako qui raconte l’amitié rocambolesque entre un cochon paisible et une mouche hyperactive, puis il a travaillé sur les décors et les personnages de Flapacha où es-tu ? « Tous ces films ont été réalisés par Hugo Guittard qui est en quelque sorte mon mentor. « C’est lui qui m’a appris le métier et permis et toucher un peu à tous les domaines de l’animation. » Il réalise ensuite sa première série Coach me if you can dont les premiers épisodes sont sortis fin 2018 et se félicite des innovations stylistiques qu’il a pu apporter dans le cadre très formaté de la série pour enfants. « Au départ, il s’agissait d’une commande sur le thème du football. Le football ne m’intéresse pas du tout, du coup j’ai proposé une histoire qui se passe dans ce milieu mais qui ne parle pas du tout de football ! Elle a lieu dans un petit club de foot et met en scène un ex-joueur star du football qui a été transformé en ballon par un sorcier. Pour reprendre possession de son corps, le ballon doit transformer en champion un enfant nul en foot mais qui adore jouer. Bref, une histoire un peu à la Cendrillon, plutôt classique. Mais j’ai pu y intégrer des éléments du Tezuka, qui est un peu le père du manga, les mains par exemple ont la forme de boules. J’aime beaucoup ça ! Mes producteurs, au départ, ne comprenaient pas ces mains boules, ils ne voyaient pas comment elles pouvaient saisir des objets. Pourtant c’est un code qui existe depuis les années 50 et c’est assez simple en fait. Je voulais aussi que le personnage du ballon ne soit rien d’autre qu’un ballon, sans visage. Ils craignaient que cela rende le personnage peu crédible et que les spectateurs aient du mal à s’attacher à lui. Mais finalement, j’ai su les convaincre et ils ont accepté. »

Le projet d’Olivier Pouchelon est désormais de se lancer pour une série pour adultes. « L’intérêt des formats pour adultes, outre la plus grande marge créative, c’est qu’ils permettent de raconter une histoire sous la forme d’un feuilleton de dix épisodes de 22 minutes, alors que les séries pour enfants sont constituées d’épisodes de 11 minutes indépendants les uns des autres et diffusés dans n’importe quel ordre. J’adore raconter des histoires, et c’est donc bien sûr passionnant ! »

 

L'auteur
Nadine Vasseur est journaliste et écrivain. Productrice du magazine Panorama sur France Culture pendant quinze ans, elle est, par ailleurs l'auteur de nombreux livres d'entretiens et de livre d'art parmi lesquels " Les Plis" et "Les Incertitudes du corps" parus aux éditions du Seuil. Elle a publié en 2019 "Simone Veil. Vie publique. Archives privées" aux éditions Tohu Bohu.

 

40 ans de l'Atelier de Sèvres