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Parcours de création : Virginie Kypriotis, illustratrice

L'Atelier de Sèvres fête ses 40 ans. 40 années au service de la création contemporaine, dans tous les domaines de l'art et du cinéma d'animation. 40 promotions d'élèves devenus aujourd'hui des artistes reconnus en France et dans le monde entier. Découvrez les portraits de ces anciens élèves qui font aujourd'hui la valeur de notre établissement.

Virginie Kypriotis, illustratrice, élève de l'Atelier de Sèvres entre 2000 et 2001

Entretien réalisé par Nadine Vasseur

Lorsqu’elle intègre en 2000 l’Atelier de Sèvres, Virginie Kypriotis a déjà pour projet de faire de l’animation. « A cette époque, très peu d’écoles proposaient un cursus préparatoire en animation, elles sont apparues partout bien plus tard. L’Atelier de Sèvres était vraiment précurseur. Il proposait aussi un enseignement plus adapté à mes attentes que l’école Penninghen dont j’ai suivi les cours pendant un an après le bac. A l’Atelier de Sèvres, comme à Penninghen, il y a de très bon cours de dessin académique, de nu, de perspective, mais j’ai trouvé ici une plus grande liberté créative qui permet davantage de développer sa voie propre. J’ai suivi des cours de peinture, de modelage, et surtout de dessin car l’animation exige d’avoir une technique de dessin très pointue. Et bien sûr, des cours d’illustration et d’animation ».

A la sortie de l’Atelier de Sèvres, Virginie Kypriotis n’intègre pas une grande école mais obtient un BTS en animation dans une école au Luxembourg. « Après mon diplôme, j’ai fait des stages, travaillé mon book et trouvé un premier emploi dans le design de personnages sur des séries. » Elle travaille notamment à Londres chez Cartoon Network sur la série Gumball et enchaîne ensuite les productions. « Dans le monde de l’animation, on trouve essentiellement du travail par le réseau. Les productions pour lesquelles on a travaillé vous recommandent ensuite à d’autres. On doit alors montrer son book et passer un test. En général, il s’agit de créer trois personnages en se pliant au style de la série. Le principe de la série repose sur des personnages récurrents, quand on en crée de nouveaux, ceux-ci doivent bien sûr respecter la charte graphique des précédents. »

Par la suite, Virginie Kypriotis devient artiste en charge du développement, elle crée cette fois les visuels et les concepts graphiques de base qui seront ensuite mis en œuvre par les animateurs. Elle travaille par exemple sur la série d’animation américaine, diffusée depuis 2015 sur Netflix, F is for family. « Ce que j’aime dans l’animation, c’est qu’elle offre d’innombrables possibilités pour créer des mondes imaginaires, sans que cela nécessite d’énormes moyens en effets spéciaux, comme dans le cinéma en prises de vue réelles. Mais créer ces univers fantaisistes ou fantastiques ne veut pas dire s’affranchir des règles du dessin, bien au contraire. Il faut avoir une base très solide en perspective, en anatomie, en dessin d’observation, pour savoir notamment comment se pose la lumière. Un artiste plasticien peut s’en doute se libérer davantage des contraintes techniques, nous on doit scrupuleusement s’y tenir. » C’est sans doute pour cette raison, qu’après plusieurs années passées dans l’animation, elle a eu envie de prendre ses distances et de bifurquer en partie vers l’illustration, pour se recentrer sur son style graphique personnel. Les illustrations de Virginie Kypriotis fourmillent de personnages et d’innombrables détails, le regard est invité à y débusquer toute sortes de petites scènes dans tous les coins. « Même s’il s’agit d’images fixes, mes illustrations racontent elles aussi une histoire ou plutôt toutes sortes d’histoires qui s’entrecroisent, s’entrelacent, avec plein de petits clins d’œil à découvrir. J’aime beaucoup les illustrations de Windsor Mackay, l’auteur de Little Nemo ou celles de Martin Handford dans Où est Charlie ? où le lecteur doit trouver le personnage caché dans un grand dessin saturé de détails. » Son style s’inspire aussi des cartoons des années 1930, avec ses personnages aux grands yeux, comme dans les premiers Mickey, Tex Avery ou Betty Boop. Mais qu’on ne s’y trompe pas, ses dessins peuvent aussi raconter des histoires qui n’ont rien de naïf. « Ce qui est amusant avec le dessin enfantin, c’est qu’il permet de faire passer en douce des idées subversives, qui parlent du monde adulte, de notre société.»

C’est en postant ses illustrations sur Instagram que Virginie Kypriotis a été récemment repérée par des entreprises qui l’ont sollicitée pour créer leurs campagnes publicitaires, en images fixes ou animées. Ces réalisations lui ont valu d’obtenir en 2019 le prix « Highly recommanded » dans la catégorie publicité du très prestigieux World Illustration Award qui chaque année récompense vingt lauréats venus du monde entier. « Aujourd’hui, quand on vient me chercher, c’est pour mon style spécifique, que ce soit en animation ou pour la publicité. Ou encore, comme je viens de le faire, pour réaliser un clip commandé par Warner Music pour le groupe anglais Foals. C’est la première fois que je suis la réalisatrice d’un projet. J’ai trouvé cela passionnant et c’est dans cette voie que je voudrais à présent continuer. »

 

L'auteur
Nadine Vasseur est journaliste et écrivain. Productrice du magazine Panorama sur France Culture pendant quinze ans, elle est, par ailleurs l'auteur de nombreux livres d'entretiens et de livre d'art parmi lesquels " Les Plis" et "Les Incertitudes du corps" parus aux éditions du Seuil. Elle a publié en 2019 "Simone Veil. Vie publique. Archives privées" aux éditions Tohu Bohu.