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Journée portes ouvertes digitales

Samedi 12 décembre de 10h à 17h30

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Parcours de création : Violaine Briat, storyboard artist chez Sony Pictures Animation

L'Atelier de Sèvres fête ses 40 ans. 40 années au service de la création contemporaine, dans tous les domaines de l'art et du cinéma d'animation. 40 promotions d'élèves devenus aujourd'hui des artistes reconnus en France et dans le monde entier. Découvrez les portraits de ces anciens élèves qui font aujourd'hui la valeur de notre établissement.

Violaine Briat, storyboard artist chez Sony Pictures Animation, élève de l'Atelier de Sèvres en 2008

Entretien réalisé par Nadine Vasseur

Depuis qu’elle est enfant, Violaine Briat dessine. Passionnée de bande dessinée, son rêve depuis toujours est de raconter des histoires en images. Ce sera finalement par le biais de l’animation dont elle apprend les techniques aux Gobelins, l’école de l’image à partir de 2009.  « C’est pour réussir le concours d’entrée aux Gobelins, que j’ai suivi les cours de l’Atelier de Sèvres, c’était l’école qui avait le plus fort taux de réussite. Mais au-delà de la préparation au concours, j’ai beaucoup aimé l’enseignement qui y était dispensé. Les cours d’histoire de l’art notamment qui m’ont beaucoup servi par la suite et aussi ce qu’on appelle les cours de « créa » qui permettaient à chaque étudiant  de trouver sa patte personnelle. Dans l’animation, on demande surtout aux artistes de savoir se couler dans le style du film mais si l’on veut proposer à un producteur son propre projet, il est essentiel d’avoir reçu une éducation qui encourage la découverte de soi.  Dans les cours de « créa », on nous soumettait un sujet libre, à chaque étudiant de le traiter avec le medium de son choix, la peinture, le dessin, le volume… Un peu à la manière d’une dissertation ou chacun est invité à donner son regard sur un thème ».

Son diplôme des Gobelins en poche, Violaine Briat a fait plusieurs stages, passé de nombreux tests pour, au bout de six mois, décrocher son premier emploi chez Zagtoon, une société de production française connue notamment pour avoir produit la série Miraculous, les aventures de Ladybug et Chat Noir« A partir de là, tout a été beaucoup plus facile. Le métier de l’animation est très compétitif mais une fois qu’on a mis le pied dans la porte, tout marche essentiellement par le réseau, sur recommandation des gens avec lesquels on a travaillé. » Elle n’a pas encore 25 ans, qu’elle travaille bientôt pour Gaumont et Mondo TV et décide de partir un an au Japon, sans pour autant cesser ces collaborations qu’elle poursuit à distance.  « C’est aussi au Japon que j’ai commencé à poster mes dessins personnels sur les réseaux sociaux ; j’en postais tous les jours sur Instagram, Tumblr, un peu Facebook, et c’est ainsi que j’ai été remarquée  par des studios américains, en particulier Cartoon Network et Nickelodeon. Depuis une dizaine d’années, les studios américains recherchent en effet régulièrement des dessinateurs de bande dessinée et ce qu’ils regardent, ce sont avant tout leurs productions personnelles sur les réseaux sociaux ». Pour Nickelodeon, elle travaille d’abord sur des projets très cartoon comme Bob l’éponge puis sur la série The Loud House (Bienvenue chez les Loud) et celle des Thundercats (en français Cosmocats) ; pour Cartoon Network elle travaille notamment sur la série Craig of the creek (Craig de la crique). Au début de cette collaboration, Violaine Briat vit à Paris d’où elle envoie ses dessins par mail, tout en renouant avec l‘Atelier de Sèvres où elle enseigne le dessin vivant en 2016 et 2017.  « Puis, très vite, Nickelodeon a demandé pour moi un visa afin que je vienne travailler dans leurs studios de Los Angeles. Et maintenant c’est ici que je vis ! »

Depuis quelques mois, Violaine Briat travaille à présent pour Sony sur un long métrage, le premier de sa carrière, « un blockbuster dont je ne peux pas encore parler ! » Comme pour ses précédents projets, elle y est storyboarder, un emploi qui exige une grande compétence en dessin, en même temps qu’en animation pour savoir dessiner toutes les poses nécessaires dans une scène mais aussi prendre en compte les angles de la caméra. « Je ne travaille que sur des projets en 2D. J’ai bien sûr appris la 3D aux Gobelins, mais ce n’est pas ce qui m’intéresse. Ce que j’aime, c’est dessiner et le storyboard est vraiment ce qui est le plus proche de la bande dessinée. Ce qui est aussi passionnant, aux Etats Unis, c’est que le storyboarder doit avoir certaines compétences en écriture. Parfois même, on ne nous communique que le synopsis de l’épisode ou de la scène et c’est à nous d’en écrire tous les dialogues. »   

Comme beaucoup d’animateurs, Violaine Briat poursuit dans son temps libre une production personnelle, avec dans son cas l’ambition avouée d’en faire le matériau de son propre projet de film. « Je poste régulièrement des dessins sur les réseaux sociaux et parallèlement je monte des dossiers  qui les intègrent dans un projet de réalisation. Les maisons de production sont toujours à la recherche de nouveaux talents et c’est souvent comme ça que ça marche ! » Elle a intitulé ces séries de dessins Les Grandes aventures qui ont chacune en commun de balader un personnage dans des paysages  immenses : « Les histoires que je raconte sont en général très simples, il s’agit la plupart du temps de la découverte de soi par le voyage. Dans l’une d’entre elles, le personnage ouvre une boite dans laquelle il entre, ce qui l’emmène dans un nouveau paysage. Il aimerait rentrer chez lui mais à chaque fois, il tombe sur une nouvelle boite qui le conduit ailleurs. Et ainsi de suite, jusqu’à ce qu’il trouve la bonne boite  qui le ramène à la maison. Dans une autre  histoire, le personnage se fait voler son cœur. Il part alors à la recherche de la bête qui le lui a volé  et rencontre en chemin toutes sortes de petits êtres qui veulent entrer dans le trou qu’il a à la place du cœur… Ce qui est amusant, c’est que j’ai commencé à développer les personnages de ces histoires quand  j’étais à l’Atelier de Sèvres. J’avais réalisé plein de séries différentes dans des petits carnets. Puis j’étais allée présenter le scénario au Marché international du Film d’Animation d’Annecy  et finalement j’ai obtenu une bourse du CNC (Centre National du Cinéma) pour le développer.  Bien sûr, c’est un projet qui ne cesse d’évoluer en même temps que je fais mon chemin dans l’animation. Mais je compte bien le poursuivre et le proposer aux Etats Unis ! »              

 

L'auteur
Nadine Vasseur est journaliste et écrivain. Productrice du magazine Panorama sur France Culture pendant quinze ans, elle est, par ailleurs l'auteur de nombreux livres d'entretiens et de livre d'art parmi lesquels " Les Plis" et "Les Incertitudes du corps" parus aux éditions du Seuil. Elle a publié en 2019 "Simone Veil. Vie publique. Archives privées" aux éditions Tohu Bohu.